CRAMER Johann Baptist

CRAMER Johann Baptist

1752 - 1832

Johann Baptist Cramer naît le 24 février 1771 à Mannheim. Fils de Wilhelm Cramer, violoniste de la célèbre école de Mannheim, il est emmené en Angleterre dès son plus jeune âge lorsque son père y trouve un engagement. Il grandit ainsi à Londres où il reçoit sa formation musicale. C'est auprès de Muzio Clementi qu'il perfectionne sa technique pianistique, acquérant la clarté, la précision et le toucher perlé caractéristiques de l'école de son maître.

Cramer se fait rapidement connaître comme virtuose du clavier. Dans les dernières années du XVIIIe siècle, il devient progressivement l'un des pianistes les plus réputés d'Europe. Compositeur prolifique, bien que peu original selon certains critiques, il écrit de nombreuses œuvres pour son instrument, en particulier des sonates et des exercices pédagogiques. Sa maîtrise technique impressionne ses contemporains par sa netteté et son contrôle, qualités qui le distinguent dans une époque où le jeu pianistique se cherche encore entre l'héritage du clavecin et les possibilités nouvelles du pianoforte.

À l'automne 1799, Cramer arrive à Vienne pour un séjour prolongé qui se poursuit jusqu'au printemps 1800. C'est à cette période qu'il rencontre Beethoven. Le compositeur viennois, qui vient de perdre son ami le plus proche Karl Amenda, accueille chaleureusement ce nouveau venu. Cramer compte parmi les rares musiciens dont Beethoven reconnaît pouvoir apprendre quelque chose. Le virtuose allemand surpasse son confrère viennois en clarté et en précision du toucher, deux qualités techniques que Beethoven admire particulièrement chez lui. Ferdinand Ries rapporte d'ailleurs que Beethoven préférait Cramer à tous les autres pianistes, appréciant non seulement son exactitude mais aussi l'expressivité de son jeu.

Les deux hommes se lient d'amitié durant ce séjour viennois. Une anecdote célèbre les montre se promenant ensemble dans le parc du Prater. Ils entendent au loin les sonorités du Concerto pour piano en ut mineur K. 491 de Mozart. Beethoven s'arrête, se balance au rythme de la musique que ses oreilles déjà défaillantes peuvent encore percevoir, et laisse échapper un soupir douloureux : « Cramer, Cramer ! Nous ne pourrons jamais faire quelque chose comme cela ! » Cette confidence révèle l'insécurité que Beethoven, pourtant déjà reconnu, pouvait encore éprouver face à l'héritage mozartien, sentiment qu'il n'exposait qu'à de rares interlocuteurs.

La générosité de Beethoven envers le jeu et la musique de Cramer n'est toutefois pas entièrement réciproque. Si Cramer admire certains aspects du talent de son ami viennois, son appréciation demeure mitigée et sélective. Il juge que Beethoven peut se montrer brillant et concentré certains jours, mais confus et excentrique d'autres fois. Cramer rapporte à ses élèves une expérience mémorable : venu rendre visite à Beethoven, il s'arrête dans l'antichambre en entendant le compositeur improviser seul dans la pièce voisine. Sachant que Beethoven n'aime pas être écouté à son insu, Cramer reste néanmoins là une demi-heure entière, fasciné. Il déclare par la suite : « Si vous n'avez pas entendu Beethoven improviser, vous n'avez jamais entendu d'improvisation du tout. » Sur ce point précis, son admiration est sans réserve.

L'enthousiasme de Cramer ne s'étend cependant pas aux compositions de Beethoven. Ses idoles demeurent Georg Friedrich Haendel et Wolfgang Amadeus Mozart, et il se montre peu disposé à suivre Beethoven dans les nouveaux territoires sonores et émotionnels qu'explore le compositeur viennois. Bien qu'il joue certaines sonates de Beethoven, Cramer appartient à ces musiciens que les audaces du style beethovénien laissent perplexes. Lorsqu'un de ses élèves manifeste de l'enthousiasme pour les œuvres de Beethoven, Cramer rétorque avec un sarcasme révélateur : « S'il vidait son encrier sur une feuille de papier à musique, vous l'admireriez ! » Ce jugement sévère illustre l'incompréhension d'une partie du monde musical face aux innovations stylistiques de Beethoven, même parmi ceux qui reconnaissaient son génie d'improvisateur.

Cramer poursuit sa carrière de virtuose et de pédagogue, principalement établi à Londres. Il compose de nombreuses œuvres, en particulier ses célèbres Études pour piano qui deviennent rapidement des références dans l'enseignement de l'instrument à travers toute l'Europe. Ces exercices méthodiques témoignent de son souci pédagogique et de sa maîtrise technique, bien qu'ils ne présentent pas les audaces harmoniques ou formelles de ses contemporains les plus novateurs. Cramer fonde également une maison d'édition musicale à Londres, contribuant ainsi à la diffusion du répertoire pianistique.

Il meurt à Londres le 16 avril 1858 à l'âge de quatre-vingt-sept ans, ayant traversé presque tout le siècle et assisté aux transformations considérables qu'a connues l'art pianistique durant cette période. Son legs principal demeure ses Études, toujours utilisées dans la formation des pianistes, et le souvenir d'un jeu d'une clarté et d'une précision exemplaires qui incarnait les idéaux classiques du toucher perlé hérités de Mozart et de Clementi.