SCHENK Johann Baptist

SCHENK Johann Baptist

1753 - 1836

Johann Baptist Schenk naît le 30 novembre 1753 à Wiener Neustadt en Basse-Autriche. Manifestant des dispositions musicales précoces, il reçoit ses premières leçons de musique dès sa petite enfance. Il étudie ensuite avec Anton Stoll, maître de chapelle à Baden, qui lui enseigne les rudiments de la théorie musicale et le forme au chant d'église. Le jeune Schenk apprend le violon et les instruments à clavier, se révélant habile dans la pratique de ces différents instruments. Encore enfant, il compose des chansons, des danses et des symphonies, témoignant d'une précocité remarquable dans l'art de la composition.

En 1773, il se rend à Vienne pour y étudier avec Georg Christoph Wagenseil, l'un des compositeurs les plus en vue de la capitale autrichienne. Wagenseil, qui fut lui-même l'élève du grand Johann Joseph Fux, occupe alors le poste prestigieux de compositeur de la cour impériale et de professeur de clavecin des enfants de l'impératrice Marie-Thérèse. Il compte parmi les principales figures du préclassicisme viennois et ses œuvres, notamment ses symphonies et ses pièces pour clavier, exercent une influence directe sur les premières compositions de Joseph Haydn. Schenk suit auprès de Wagenseil des cours de contrepoint et de composition. Son maître utilise pour l'enseignement une méthode originale incluant l'étude d'œuvres de Haendel et de Jean-Sébastien Bach, ce dernier étant alors peu connu depuis sa mort en 1750.

À partir de 1777, Schenk commence à composer des œuvres religieuses pour la Cathédrale Saint-Étienne de Vienne. En 1778, il établit solidement sa réputation avec l'exécution d'une Messe qui attire l'attention du milieu musical viennois. Fort de ce succès, il se tourne vers la composition théâtrale. En 1780, il commence à écrire pour la scène, d'abord avec un opéra intitulé Der Schatzgräber qui ne sera jamais représenté. Durant les années 1780, il devient un compositeur prolifique de musiques de scène et de Singspiels, genre théâtral mêlant dialogues parlés et numéros musicaux qui connaît alors une grande faveur auprès du public viennois.

Schenk compose également de la musique instrumentale. Ses symphonies, au nombre d'une dizaine, reçoivent l'approbation de Joseph Haydn, reconnaissance considérable de la part du plus éminent symphoniste de l'époque. Il écrit en outre plusieurs concertos, dont un concerto pour harpe particulièrement remarqué, ainsi que cinq quatuors à cordes. Néanmoins, c'est dans le genre du Singspiel qu'il laisse ses plus grandes réalisations.

Parmi ses œuvres lyriques figurent Der Bettelstudent, Der Faßbinder, Die Weinlese, Im Finstern ist nicht gut tappen, Die Jagd et bien d'autres. Mais son chef-d'œuvre demeure Der Dorfbarbier (Le Barbier de village), créé en 1796. Cette œuvre connaît un succès considérable et durable, étant jouée jusqu'au XXe siècle, fait exceptionnel pour un Singspiel de cette époque. Der Dorfbarbier établit définitivement la renommée de Schenk comme l'un des maîtres du théâtre lyrique allemand.

Mozart fut un bon ami de Schenk, témoignage de l'estime que le génie salzbourgeois portait à son confrère viennois. Les deux hommes fréquentaient les mêmes cercles musicaux de la capitale et partageaient leur passion pour le théâtre lyrique.

En 1793, alors que le jeune Ludwig van Beethoven étudie le contrepoint avec Joseph Haydn qui vient de rentrer de son premier voyage à Londres, Schenk entre en contact avec l'élève du maître. Selon le récit que Schenk publiera bien des années plus tard dans son autobiographie rédigée en 1830, Beethoven, frustré par la négligence de Haydn dans la correction de ses exercices, se serait tourné vers lui pour obtenir une aide plus rigoureuse. Schenk affirme avoir corrigé gratuitement et en secret les exercices de contrepoint de Beethoven, celui-ci devant les recopier ensuite pour que Haydn croie qu'il s'agissait de son propre travail. Cette tromperie aurait été découverte par Haydn qui se serait mis en colère, créant une tension durable entre le maître et l'élève.

Toutefois, l'examen critique moderne des sources révèle de nombreuses incohérences dans ce récit. Les deux cent quarante-cinq pages d'exercices de contrepoint de Beethoven qui ont survécu montrent un flux constant d'erreurs non corrigées, et seulement quarante-deux pages présentent des annotations. Si Schenk avait effectivement révisé systématiquement le travail, on devrait trouver soit des versions propres incorporant ses corrections, soit bien davantage d'annotations. De plus, le récit de Schenk contient plusieurs inexactitudes factuelles et contradictions chronologiques qui ne peuvent se concilier avec les manuscrits conservés. Le musicologue Barry Cooper suggère que l'histoire entière fut probablement inventée par Schenk dans sa vieillesse, dans une tentative d'auto-glorification visant à inscrire son nom dans l'histoire aux côtés de Beethoven. Cette pratique n'était pas rare au début du XIXe siècle, époque où le sens de la primauté du fait historique restait peu développé.

Un élément supplémentaire jette le doute sur la véracité du témoignage de Schenk : celui-ci nourrissait une haine profonde envers Haydn, déclarant à un ami que « Mozart était une bonne âme, mais Haydn était faux de bout en bout ». Cette animosité personnelle suggère que son récit pourrait avoir été motivé autant par le désir de nuire à la réputation de Haydn que par celui d'exalter la sienne propre. Anton Schindler, premier biographe de Beethoven dont la propre fiabilité fut ultérieurement mise en cause, collabora avec Schenk sur cette histoire et alla jusqu'à forger des entrées dans les cahiers de conversation de Beethoven pour la corroborer.

Dans son autobiographie, Schenk écrit néanmoins : « Pour ma peine (si on peut parler de peine), je reçus de mon bon Ludwig un présent précieux, le lien solide de l'amitié qui ne s'est pas relâché jusqu'à sa mort ». Cette affirmation d'une amitié durable avec Beethoven constitue probablement la partie la plus authentique de son témoignage, même si l'ampleur de leur relation demeure difficile à établir avec certitude.

Schenk poursuit sa carrière de compositeur et de pédagogue à Vienne durant les premières décennies du XIXe siècle. Vers 1823, il compose une variation sur une valse d'Anton Diabelli, participant ainsi au projet collectif réunissant cinquante-et-un compositeurs viennois autour du thème proposé par l'éditeur, projet qui inspira également à Beethoven ses monumentales Variations Diabelli opus 120.

En 1830, Schenk rédige son autobiographie, document précieux malgré ses inexactitudes, qui constitue un témoignage sur la vie musicale viennoise durant plus d'un demi-siècle. Cette autobiographie est publiée en 1837 dans une version condensée et modifiée, soit après sa mort.

Johann Baptist Schenk meurt à Vienne le 29 décembre 1836 à l'âge de quatre-vingt-trois ans. Il laisse un catalogue considérable d'œuvres lyriques, instrumentales et religieuses. Bien qu'aujourd'hui largement oublié, Schenk fut en son temps un compositeur respecté et apprécié, en particulier pour ses Singspiels qui contribuèrent au développement du théâtre lyrique de langue allemande. Son Dorfbarbier demeure son legs le plus durable, œuvre qui connut une popularité exceptionnelle et témoigne du talent mélodique et dramatique de son auteur.