Sonate pour piano n°5

Op. 10 n°1

Contexte & Analyse

Les trois sonates de l'opus 10, composées entre 1797 et 1798, constituent également des laboratoires où Beethoven expérimenta de nouvelles manières d'assembler les pièces, de nouvelles sonorités et de nouvelles voix. Toutes trois présentent un schéma expressif singulier : des mouvements extérieurs enjoués voire plaisants encadrant des mouvements centraux d'une poignance et d'une profondeur qui s'intensifient au fil de l'opus.

Structure & Mouvements

1.Allegro molto e con brio 3/4
Do mineur
2.Adagio molto 2/4
La bémol majeur
3.Prestissimo 2/2
Do mineur

Notice Analytique

La sonate en ut mineur constitue une nouvelle étape dans le processus continu de Beethoven visant à définir son rapport à cette tonalité. Dans une certaine mesure, il devait découvrir qui il était en tant qu'artiste par le truchement d'ut mineur. Le premier mouvement présente un thème d'ouverture s'élançant vers le haut en rythmes pointés, auquel répond un geste calme et poignant, introduisant un mouvement largement impulsif et précipité, entrecoupé d'interludes lyriques fluides. Le mouvement lent en la bémol majeur se révèle légèrement tourné vers le passé, dans le style galant, ses thèmes se couvrant d'ornements à la manière mozartienne.

Un finale bref transforme la force motrice du premier mouvement en jeu et amusement, les thèmes gambadant allègrement. Dans la coda survient un moment calme et pensif rappelant le deuxième mouvement. Cette sonate, bien que n'ayant pas encore pleinement atteint la voix beethovénienne que le monde allait connaître, témoigne néanmoins de l'évolution continue du compositeur dans sa maîtrise de la forme sonate et de l'expression pianistique. Les moments les plus féroces du trio en ut mineur de l'opus 1 se rapprochent davantage de ce que sera sa voix mature, mais cette cinquième sonate manifeste déjà une personnalité affirmée et une cohérence structurelle remarquable pour un compositeur d'à peine vingt-sept ans.