Symphonie n°7
Structure & Mouvements
Notice Analytique
Le premier mouvement, Poco sostenuto - Vivace, débute par une introduction lente d'une ampleur et d'une majesté considérables, la plus longue que Beethoven ait jamais écrite. Cette introduction, presque un mouvement en elle-même, définit la symphonie par ses harmonies audacieuses et sa tendance à sauter d'une tonalité à l'autre en déplaçant la basse d'un cran vers le haut ou vers le bas. L'introduction établit des relations tonales frappantes pour l'époque mais désormais caractéristiques de Beethoven : autour de la tonalité centrale de la majeur, il place fa majeur et do majeur, tonalités situées une tierce au-dessus et une tierce au-dessous. Ce groupe de tonalités persistera tout au long de la symphonie, auquel s'ajoutera ré majeur, une autre tierce en dessous de fa. L'introduction effectue deux longues excursions depuis la majeur, vers do et fa, et ces deux tonalités jouent des rôles importants par la suite. Do majeur constitue la tonalité principale dans la section de développement, où fa majeur apparaît également brièvement. Une transition coquette mène au Vivace, d'abord paisible mais montant progressivement en intensité. Le Vivace est une gigue titanesque. Il s'agit de la troisième symphonie consécutive de Beethoven dont le premier mouvement est dominé par un monorythme. Sa figure pointée est aussi implacable que le motif de la Cinquième Symphonie, aussi hypnotique que les rythmes chaloupés de la Sixième, mais l'effet est ici propulsif et enivrant plutôt que fatal comme dans la Cinquième ou doux comme dans la Sixième. Le rythme joue un rôle plus central que la mélodie, bien qu'une mélodie folklorique flûtée soit présente. Presque tout le premier sujet est harmonisé par une pédale de la ; cette procédure, associée aux cors proéminents et aux rythmes galopants, confère au mouvement une qualité de plein air que l'on retrouve également dans le finale. Le thème secondaire constitue un intermède passager avant que le premier thème ne soit repris. Le développement proprement dit ne possède pas de véritable thème : il se compose de gammes, d'arpèges et de rythme. La musique s'engage constamment dans des changements rapides de tonalité dans des directions surprenantes, le tout propulsé par l'élan du rythme.
Le deuxième mouvement, Allegretto, en la mineur, fait alterner constamment des dactyles et des spondées tout au long de plusieurs répétitions du thème principal, un thème initialement conçu dans le contexte du Troisième Quatuor « Razumovsky ». Ce mouvement produit un impact rythmique particulièrement puissant, bien qu'une contre-mélodie plus lyrique soit presque aussi proéminente. Les notes répétées qui caractérisent le thème du deuxième mouvement se transforment en la répétés à la basse pour accompagner le thème central en la majeur. Il s'agit d'une danse majestueuse et funèbre d'un genre unique. L'idée consiste en un processus d'intensification, ajoutant couche après couche aux accords qui marchent inexorablement dans les cordes graves, jusqu'à ce que la musique s'élève en une lamentation ample et douloureuse. Pour contraster, survient une douce section centrale en la majeur harmoniquement stable, qui contient également une modulation très frappante vers do, d'où la musique revient vers la mineur. À la manière d'un rondo, le thème d'ouverture revient en variations, allégé, transformé en fuguette, la dernière variation servant de coda. Ce mouvement connut immédiatement un succès considérable et inaugure, autant qu'aucune autre pièce, l'histoire de la musique orchestrale romantique.
Le troisième mouvement, Presto - Assai meno presto, en fa majeur, est un scherzo rapide, éruptif et étourdissant. Son thème principal, commençant en fa majeur et se terminant en la, d'un bémol à trois dièses en un éclair, fait écho aux schémas harmoniques établis dans les premières pages de la symphonie. La musique revient aux changements brusques de tonalité animés par un rythme implacable. Le trio, en ré majeur (une tierce en dessous de fa), offre un contraste maximal, présentant une sorte de tableau majestueux autour d'une pédale de la, figé dans l'harmonie et le geste comme la peinture d'une salle de bal. La section du trio possède des bourdons presque tout au long. Le trio revient deux fois et feint une troisième apparition avant que Beethoven ne referme brutalement la porte.
Le quatrième mouvement, Allegro con brio, vise à porter l'énergie encore plus haut qu'elle ne l'a été jusqu'alors. Peu de pièces atteignent le brio de celle-ci. L'intention du finale est d'augmenter l'énergie au-delà de ce qu'elle a été. Si auparavant nous avions l'exubérance, la majesté, l'éclat, ces ambiances de danse, nous avons maintenant quelque chose au bord du délire : une gigue tournoyante et trépidante à deux temps, avec les cors à nouveau d'excellente humeur. Le thème principal est accompagné de mi répétés. Ainsi, les quatre mouvements sont liés par des similitudes harmoniques autant que rythmiques. Peu d'autres mouvements symphoniques emportent les auditeurs et leur coupent le souffle de manière aussi littérale que celui-ci. Le moment le plus enivrant du finale est peut-être la section de clôture de l'exposition en do dièse mineur, avec son si naturel du mode mineur naturel se heurtant au si dièse simultané du mode mineur harmonique. La symphonie se termine avec les cors criant de joie dans une affirmation triomphale de la majeur.
Contexte & Analyse
La Symphonie n° 7 en la majeur, opus 92, s'inscrit dans une période de profonde transformation personnelle et politique pour Beethoven. Composée durant l'hiver 1811-1812, alors que le compositeur souffrait de problèmes de santé récurrents, la symphonie fut achevée le 13 avril 1812, selon la date portée sur le manuscrit autographe. La création eut lieu le 8 décembre 1813 à l'Université de Vienne, dans le cadre d'un concert de bienfaisance au profit des soldats blessés lors de la bataille de Hanau. Ce concert coïncidait avec l'approche du Congrès de Vienne, la plus grande assemblée diplomatique de l'histoire européenne. Le programme comportait également la première exécution de la Victoire de Wellington (Wellingtons Sieg), œuvre de circonstance célébrant la victoire du duc de Wellington à la bataille de Vittoria, qui remporta un succès retentissant auprès du public viennois. Plusieurs musiciens éminents prêtèrent leur concours : le violoniste et compositeur Louis Spohr participa à l'orchestre, les compositeurs Antonio Salieri et Johann Nepomuk Hummel tinrent les grosses caisses représentant les canons, et le futur compositeur d'opéras Giacomo Meyerbeer frappa la caisse claire. Ignaz Schuppanzigh, ami de longue date et champion des œuvres de Beethoven, dirigeait les violons, tandis que le célèbre contrebassiste virtuose Domenico Dragonetti renforçait la section des basses. Le concert fut repris le 12 décembre avec un succès égal, produisant des recettes nettes combinées de quatre mille six florins. Le mouvement lent de la symphonie suscita une admiration particulière et dut être bissé lors de la création. L'œuvre est dédiée au comte Moritz von Fries, mécène viennois qui avait également reçu la dédicace de la Symphonie n° 7 de Haydn et de plusieurs œuvres de Mozart.
Chaque symphonie de Beethoven possède un caractère distinctif et habite un univers sonore entièrement différent. Dans la Septième, l'élément le plus fondamental réside dans les schémas rythmiques énergiques et répétitifs présents dans chaque mouvement, justifiant la célèbre description de Richard Wagner qui qualifia l'œuvre d'« apothéose de la danse ». Beethoven s'éloignait du style héroïque qui avait marqué ses symphonies précédentes pour explorer une dimension humaniste différente, non pas contemporaine mais éternelle : une sorte de transe bachique, une musique de danse du début à la fin. La musique de Haydn et Mozart était souvent conçue selon des schémas, des phrasés et des rythmes de danse, mais la Septième Symphonie danse d'une manière sans précédent, dans des rythmes obsessionnels rapides et lents. Rien d'aussi décoratif qu'un menuet : il s'agit plutôt de cors éclatants et de cordes vrombissantes comme des cornemuses. Le dernier mouvement évoque une gigue écossaise. Une caractéristique contribuant au son distinctif de cette symphonie réside dans l'utilisation des cors : la symphonie étant en la majeur, les cors sont accordés en la, leur conférant un registre inhabituellement aigu que Beethoven exploite pleinement. L'utilisation proéminente de bourdons de basse constitue un autre trait marquant, peut-être consécutif au travail de Beethoven sur les mélodies folkloriques irlandaises, où ce type d'harmonie était courant.